Après dix années de recherche sur la formation des bandes et les sorties de délinquance, j’ai engagé en 2013 un vaste programme de recherche sur la criminalité qui s’est décliné en trois projets :

-      Le premier a consisté à étudier les modes de socialisation et l’expérience des mineurs et jeunes majeurs engagés dans des trafics locaux de drogue. Par trafic local, je cible le commerce organisé autour d’espaces de vente réguliers et structurés autour de cette activité. Durant cette recherche j’ai enquêté dans quatre territoires : deux grands ensembles de la région parisienne, un à Marseille et un dans une agglomération de l’ouest de la France incluant des zones urbaines et rurales. En plus de temps d’observation et l’étude de divers documents administratifs judiciaires, nous avons recueilli la parole de près de 50 jeunes trafiquants en trois années. 

-      Cela m’a permis d’intégrer un programme de recherche franco-brésilien les territoires urbains et les liens sociaux. Cette coopération interuniversitaire a développé une recherche sur les liens sociaux dans les quartiers urbains défavorisés et sur leurs effets en termes de protection et de reconnaissance des ménages qui y vivent. Ce projet avait des finalités empiriques et théoriques. Il s’est appuyé sur des enquêtes sociologiques de grande ampleur réalisées au cours des dernières années aussi bien par l’équipe brésilienne à Sao Paulo que par l’équipe française à Paris. Nous avons étudié dans des quartiers très différenciés de chaque métropole les relations entre les liens sociaux et la protection sociale des familles à bas revenus. J’ai particulièrement  traité du poids du trafic de drogue dans les configurations du lien social à Sao Paulo, dans deux favelas lors d’un séjour de recherché et en France dans mes différents terrains d’enquête. 

-      Plus récemment, je me suis intéressé au parcours des individus qui rejoignent les sphères du crime organisé entendu comme délinquance rémunératrice professionnalisée impliquant la maîtrise de ressources et de savoir-faire plus rares. Deux profils spécifiques ont fait l’objet de mes recherches : les cadres, les responsables et les prestataires (importateurs, distributeurs, régulateurs, etc.) du trafic de drogue et les braqueurs chevronnés. La moitié des 42 enquêtés a été interrogé en milieu carcéral.

-       J’ai en parallèle prolongé mon travail sur la desistance à travers la double perspective de ses conditions individuelles et environnementales de réussite. Sur la base d’un total de 60 entretiens menés depuis 2012, différents cas de figure m’ont permis de distinguer et d’articuler ce qui relève de l’ouverture sociale, c’est à dire la possibilité objective et subjective de se projeter dans un soi attractif et acceptable et l’usure, à savoir l’ensemble des contraintes qui rendent pénibles la poursuite d’un mode de vie ancré dans la criminalité. 

After ten years of research on the formation of gangs and desistance from crime, I started in 2013 a large research program on crime that has developed in three projects: 

-      The first one has consisted in studying the modes of socialization and the experiences of teenagers and young adults involved in local drug trafficking. By local drug trafficking, I am targeting the trade organized around regular selling spaces structured around this activity. During this research, I conducted research in four territories: two large housing projects in the Paris region, one in Marseille, and a town in West France that includes rural and urban areas. In addition to direct observations and the study of various administrative documents, I interviewed 50 young drug sellers in three years. 

-      This has led to my participation in a French-Brazilian research program in urban territories and social relationships. This inter-university collaboration has developed a research on the social relationships in underprivileged urban neighborhoods and their effects in terms of protection and recognition of the households.This project had empirical and theoretical goals. It relied on large scale sociological inquiries conducted during recent years both by the Brazilian team in Sao Paulo and by the French team in Paris. We studied, in very differentiated neighborhoods in each metropolis, the articulation between the social relationships and the social protection of low-income families. I particularly looked at drug trafficking in the configurations of social relationships in Sao Paulo, in two favelas when I was there, and in various locations in France. 

-      More recently, I have looked at the trajectories of individuals who get involved in organized crime spheres understood as professionalized and lucrative delinquency implying the mastery of quite rare resources and skills. I have focused on two specific: the executive individuals, the persons in charge and the service providers (importers, distributors, regulators, etc.) of drug trafficking and experienced bank robbers. Half of the 42 subjects have been interviewed in prison.

-      In parallel, I have extended my work on desistance from crime through the double point of view of its individual and environmental conditions of success. Based on 60 interviews conducted since 2012, various cases have allowed me to distinguish and articulate what pertains to social openness, that is the objective and subjective possibility of projecting oneself in an acceptable and attractive self, and to weariness, understood as all the constraints that make the pursuit of a lifestyle anchored in crime difficult and tiresome. 

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